lundi 20 juin 2016

Bicêtre: de la Table ronde à l'hospice... (2)

Suite de notre visite de l'hôpital de Bicêtre, dans sa partie historique.

Le bâtiment de la Force avait deux niveaux de cachots souterrains: le plus profond - les cachots noirs - ne voyaient pas le jour du tout; ils ont été comblés. Le niveau le moins profond - les cachots blancs - disposait de quelques rares soupiraux. C'est ceux-ci que nous visitons.
Photos prises au flash; l'obscurité est totale.


En dépit de travaux récents (tuyaux, fils électriques, etc), les cellules sont encore visibles



Certaines ont conservé leur bat-flanc.



Cette cellule est presque intacte (remise en état).



Nous revenons maintenant sur nos pas et plus précisément vers le bâtiment portant la plaque "chapelle" que nous avions déjà vu.
Lors de sa construction en 1735, cette vaste pièce était occupée par un manège mû par douze chevaux qui, par un jeu de câbles, manœuvrait deux énormes seaux (270 litres chacun). Ces seaux allaient chercher de l'eau au fond du puits voisin. 
  Ces douze chevaux furent bientôt remplacés par 72 prisonniers enchaînés au manège, qui eux-même furent remplacés par 72 malades pensionnaires de l'hospice (aliénés ou épileptiques).
Il fallut attendre le second empire (1858) pour qu'une machine à vapeur fasse fonctionner les pompes.


Même si la fonction religieuse du lieu n'est plus d'actualité depuis longtemps, quelques objets nous rappellent cette fonction.


Si vous agrandissez cette gravure, vous verrez les chevaux animer le manège:


Ce plan d'époque est toujours d'actualité.
De gauche à droite: le manège installé dans la chapelle qui manœuvrait les seaux plongeant dans le puits dont l'eau était versée dans le réservoir.   

Construit entre 1733 et 1735 par Boffrand pour alimenter l'hospice de Bicêtre, ce puits descend à 58 mètres (soit la hauteur d'un immeuble de 20 étages). Il puise l'eau dans la nappe phréatique de la Bièvre. Il fonctionna jusqu'en 1903.


 La première chose qu'on voit en entrant dans la petite maison abritant le puits, c'est... la charpente d'origine !


 Puis il faut bien baisser les yeux...


Car nous sommes au bord du fameux puits de Bicêtre ! J'ai conservé cette photo où l'on voit des humains pour avoir une idée de l'échelle: cinq mètres de diamètre !
Pour mémoire, la largeur d'une voiture du métro parisien est de 2,40 mètres.


Lorsque les projecteurs sont éteints, ce gouffre donne une idée assez précise de l'entrée des enfers...


 Lumière !
Un escalier de fer nous attend; vous me suivez ?
Non, mais ça ne va pas la tête ? J'ai déjà du mal à faire ces photos...



Oui, oui, c'est de l'eau dans le fond.


Croyez-moi, les photos ne restituent que très partiellement le gigantisme de ce puits. C'est très impressionnant.


Le puits n'est plus utilisé depuis 1903.
Seuls, les pompiers viennent parfois y faire des exercices.

L'eau venant du puits était stockée dans un énorme réservoir dont les parois étaient tapissées de plomb pour en assurer l'étanchéité.


Ce réservoir sert aujourd'hui de salle "polyvalente". On y joue des pièces de théâtre...


On y organise aussi des expositions comme celle-ci, organisée pour les "Portes ouvertes" des hôpitaux en mai 2016 par le "Musée de l'AP-HP".



 On y voit par exemple ces bustes  d'enfants "idiots"...


Si l'on regarde les murs du réservoir au niveau du chemin de ronde qui surplombait le niveau de l'eau, on distingue des dessins. D'aucuns vous diront que ce sont de précieux témoignages de prisonniers... Sachant que cette salle sert à la récréation des carabins, j'opterais plutôt pour un pastiche (réussi) réalisé récemment. 


L'accès à un hôpital est libre et, pourvu que vous sachiez vous orienter, vous pourrez voir les parties extérieures quand vous voulez.
Les sites fermés (cachots, puits, chapelle) ne sont ouverts que pour les visites guidées ou lors d'opérations spéciales comme les "Portes ouvertes" ou les journées du patrimoine (se renseigner).
Le Comité de tourisme du Val de Marne organise parfois des visites.


78 rue du général Leclerc, Le Kremlin-Bicêtre (Val de Marne).

vendredi 17 juin 2016

Bicêtre: de la Table ronde à l'hospice... (1)

Hors Paris

Au XIII° siècle, Jean de Pontoise, évêque de Winchester et représentant du roi d'Angleterre en France, achète un domaine près de Paris; il y fait construire un château qui, tout naturellement prendra le nom de Winchester. Prononcé à la française, ce sera Vincestre, puis Bicestre et aujourd'hui Bicêtre.
Au fait, pourquoi la Table ronde ? Parce que c'est à Winchester que de nos jours, on peut voir cette table suspendue dans le Grand hall, vestige de l'ancien château.


Le "portail des champs", majestueuse entrée de l'hospice royal, a été rénové récemment. C'est par là que nous pénétrons dans ce qui est aujourd'hui un grand hôpital (CHU).


Après avoir contourné l'héliport (qui n'était pas là au XIII° siècle), nous tournons à gauche, vers le sud, en direction de la partie historique de l'hôpital.


Avec ses gros pavés, cette rue a des allures de décor de cinéma; de nombreux films y ont été tournés.



La chaîne a disparu, mais deux grosses bornes en pierre barraient le chemin. On peut y lire "Limite du puisard de Bicêtre". Ces bornes matérialisaient l'interdiction faite aux pensionnaires travaillant au puits de franchir ce point.


Une troisième borne identique se trouve à Gentilly, commune voisine dont le Kremlin-Bicêtre s'est détaché en 1896. Elle est visible sur l'indispensable site de la CFPPHR.


Quelques pas et nous nous trouvons devant un bâtiment qui accuse son age (sans preuve) et où l'on peut lire "Chapelle". Nous y reviendrons.


Fi des grands axes, empruntons cette étroite ruelle:


Surprise ! Nous débouchons sur ce jardin ensoleillé où, visiblement, des barbecues sont parfois organisés. Il est dominé par la masse du grand réservoir, lui aussi récemment rénové.



Une volée de marche et nous arrivons dans un lieu magique.


On croirait un cloître, mais cette vaste cour arborée n'est entourée que des cellules où logeaient les "aliénés" non violents.




Au centre de cet espace, un petite borne fontaine marque l'emplacement où fut installée pour la première fois une guillotine. Les essais portèrent d'abord sur des moutons, puis quelques vagabonds (déjà morts) firent l'affaire pour les derniers réglages... Nous étions en 1792 et la machine du bon docteur Guillotin avait un bel avenir !



Les photographies ensoleillées que je viens de vous montrer ont été prises l'année dernière. Lors de ma récente visite (moins ensoleillée), quelle ne fut pas ma surprise de constater que tous les arbres avaient été abattus, donnant à notre cloître un aspect désolé:


Un étroit passage nous permet de nous rapprocher du bâtiment dit "de la force", que nous pourrions traduire aujourd'hui par "quartier de haute sécurité"...


Mais avant de poursuivre la visite, assurez-vous d'avoir une lampe électrique... et baissez la tête !


à suivre... 

78 rue du général Leclerc, Le Kremlin-Bicêtre (Val de Marne).

mercredi 15 juin 2016

Pierre à bois rue d'Amsterdam

On croyait les pierres à bois circonscrites au Paris ante-haussmannien, or nous en découvrons de plus en plus dans des immeubles de construction postérieure au baron-préfet.
Il est vrai que les immeubles haussmanniens proposaient des appartements dont chaque pièce était équipée d'une cheminée; il fallait bien couper du bois !
Ordoncques et subséquemment *, nous voici rue d'Amsterdam, à deux pas de la gare Saint-Lazare, sur les conseils de Matthieu R.

* Je sais, c'est un peu ampoulé, mais c'est pour faire plaisir à un secrétaire de rédaction lettré qui nous lit ! 

L'immeuble ne présente a priori rien d'exceptionnel:


Comme tout immeuble de bureaux, il est accessible en semaine aux heures ouvrées
 

La cour est plutôt étriquée
 

Cachée par deux scooters (pas à moi), une petite fontaine...
Mais qu'y a-t-il à mes pieds ? Vous voyez la grosse pierre ?
 

Surprise ! Ce n'est pas une mais deux pierres à bois qui nous regardent !
 

Celle de gauche:
 

Celle de droite:
 

Pourquoi deux pierres à bois dans une cour ? Je n'en sais rien !
Et un grand merci à Matthieu qui nous a fait part de cette trouvaille !

31 rue d'Amsterdam, Paris VIII°.

lundi 13 juin 2016

Cité artisanale rue Daguerre

En passant, les mots "Cité artisanale" percutent votre œil de faucon...
Vite, un coup de frein et tentons d'entrer.
C'est ouvert !


La porte à peine refermée, c'est le silence...
 

et ça sent bon.
 


Certes il y a des gens qui travaillent ici, mais on sent un certain (bon) goût pour la détente
 


Mais laissez-moi butiner !
 


 63 rue Daguerre, Paris XIV°.

dimanche 12 juin 2016

Requiem pour le Bois Dormoy - Lettre ouverte à Madame Hidalgo

Lettre ouverte à Madame Hidalgo

Bientôt, Madame, ces semis seront recouverts de macadam,


Ces quelques arbres cèderont la place à du béton,


 Cet ultime rêve de gosse - une cabane - ne sera plus qu'un souvenir,



 ce ballon ne fera plus la joie des gamins,


 Vos bétonneuses auront raison de cette verdure...



 Regardez, Madame, ce petit garçon triste: il sait que vous allez détruire "son" bois.


 Il était bien content pourtant, l'hôtel de ville, quand il confia à l'association "Bois Dormoy" le soin de nettoyer ce terrain vague sans impacter son budget... En même temps, détruire ce qu'a fait son prédécesseur, ça peut tenir lieu de politique !

Regardez, Madame, ces quelques photos; elles ont été prises hier au Bois Dormoy. Dans n'importe quel quartier, ce serait des œuvres d'art, ici ce ne sont que vétilles à effacer...






Vous parlez sans cesse de "vivre ensemble", mais ouvrez les yeux ! Il est ici le vivre ensemble !
Il n'a pas besoin d'Unibail et de vos bétonneurs pour exister !
Et c'est ce "vivre ensemble" que vous allez tuer.

Regardez cette petite vidéo enregistrée hier; je l'ai intitulée "Requiem pour le Bois Dormoy".
Ce n'est pas très gai ? Non, Madame, ce n'est pas très "festif" pour reprendre un vocable que vous affectionnez.
J'ai vu des gens pleurer, Madame Hidalgo.
Et un maire qui fait pleurer ses administrés, ce n'est pas très glorieux.



2 bis cité de la Chapelle, Paris XVIII°.