On me réclame Fati à cor et à cri, c'est tout juste si je ne fais pas face à des manifestations ! Alors courageusement, je m'exécute. Suivons Fati dans une errance architecturale… Nous sommes dans le XVI°, je lui laisse le micro !
"Une promenade dans l’élégant XVIe avec comme fil conducteur Léon Bénouville, l’auteur de l’hôtel de la Rue Spontini."
Suivons donc Léon qui, en empruntant la rue de Longchamp, va nous mener jusqu’à la rue de Pomereu, rue jalousement fermée par des grilles à ses deux extrémités. Toutefois il faut tenter sa chance, on croise parfois des occupants heureux de vous faire découvrir leur environnement architectural, un environnement éclectique avec un léger penchant pour le néo-gothique.
C’est d’ailleurs un hôtel néo-gothique qui s’offrira à vous en premier, il fait l’angle des rues de Longchamp et de Pomereu. Il date de 1892 et est l’œuvre d’Anatole de Baudot, le maître de… Bénouville. Baudot, sans doute le plus fervent admirateur de Viollet-le-Duc, c’est l’église St-Jean de Montmartre, le lycée Lakanal ou le lycée Victor Hugo de la rue de Sévigné mais aussi le théâtre de Tulle…
En ces lieux, le lien entre Baudot et Bénouville en dehors de celui de maître à élève ? C’est un chat ! Le « méchant chat » de l’immeuble Bénouville de la rue Spontini qui nous mène tout droit vers son jumeau de la rue de Pomereu et qui n’est pas sans laisser se profiler en filigrane l’empreinte de Viollet-le-Duc. Chat qui emprunte la colonnette du hibou grand-duc installé sur la façade de l’atelier du restaurateur de Notre-Dame au 68 rue Condorcet et qui joue les acrobates, tout comme la salamandre du château de Pierrefonds.
Et si vous levez un peu plus la tête vous vous rendrez compte que le pigeon installé sur les toits est juste un leurre humoristique. Puis continuez d’avancer d’un bâtiment à l’autre jusqu’à la grille opposée, côté rue Émile-Menier, sans omettre de faire une halte devant le dernier hôtel côté numéros pairs. Si un oiseau et un félin vous ont accueillis à l’entrée, ici ce sont 4 bambins adossés aux trumeaux du rez-de-chaussée qui vous proposent gentiment une corbeille de fleurs pour vous remercier de votre cordiale visite.
Au-delà de la grille, 20 rue Émile-Menier, vous verrez se profiler une étrange maison. Son étonnante histoire a permis de réunir autour de son édification des célébrités du monde artistique de l’époque, dont les propriétaires eux-mêmes ou des artistes tels Rodin, Charles Despiau, Chana Orloff... L’aventure a débuté en 1902, quand l’architecte Édouard Autant (créateur avec son père du 14 rue d’Abbeville) et la comédienne Louise Lara, parents du célèbre cinéaste, décident de construire cet hôtel particulier pour leur usage personnel. Un hôtel bien sage, quoique d’une grande originalité et quasi inclassable, quoique proche par certains côtés de l’Art déco ou du mouvement moderne. Il paraîtrait que le bâtiment n’a pas toujours été aussi sage et qu’il choquait les passants d’alors en raison des sculptures et bas-reliefs qui animaient sa façade. On y apercevait une sculpture de Rodin, Le Désespoir, qui devait trôner au niveau du balcon.
Malheureusement il ne reste plus rien du programme décoratif initial de l’hôtel Autant-Lara. Mais bien mieux que ce que je peux vous en dire, les détails de ce programme artistique ont fait l’objet d’une admirable enquête en accès libre sur Internet et que je vous invite à consulter (Nathanaëlle Tressol, Reconstruire le projet architectural du 2 rue Émile-Menier à Paris, résidence du couple Autant-Lara ; https://hal.science/hal-01972679v1/document). Malheureusement n’y figurent pas les quelques rares images anciennes de cette construction.
Quant aux reliefs actuels figurant Monsieur et Madame Autant-Lara ainsi que la corbeille de fruits, ils seraient l’œuvre de Charles Despiau. Est-ce les originaux ?
Mais subsiste un élément étrange sur cette œuvre architecturale telle qu’elle nous est offerte aujourd’hui, cette étrange et fantastique baie d’inspiration vaguement néo-gothique qui semble nous observer de ses yeux d’insecte. Abeille ? Mouche ? Nous ne nous éloignons que très peu de l’humour d’un Viollet-le-Duc ou d’un Guimard.
Et… notre promenade n’est pas terminée. De la rue Emile-Ménier, en quelques minutes vous pouvez rejoindre le 39 rue Schefer pour y admirer un chef-d’œuvre de l’Art Nouveau datant de l’année 1911. Il émane d’un certain Ernest Herscher, architecte qui à Paris n’aurait construit qu’un autre immeuble, rue La Fontaine. Mais il a participé avec Pierre Leprince-Ringuet (immeuble du 5 avenue Sully-Prudhomme) à la reconstruction de Cambrai et notamment à l’édification de la chambre du Commerce de cette ville.
Peut-on valider certains écrits affirmant qu’avec cet immeuble l’Art nouveau est en train de tirer sa révérence ou qu’il a carrément tiré sa révérence ? Sans doute. Mais il faut reconnaître que c’est l’un des plus réussis, des plus équilibrés que le mouvement ait produit. Et loin de moi l’idée de dénigrer le moindre autre bâtiment de ce style.
Toits en débord ou en ombrelle, balcons, balconnets ouvragés, élégantes ferronneries, reliefs superbement sculptés et quelques panneaux de mosaïque font que cet immeuble mérite le détour, même si peut-être personne ne vous invitera à visiter son antre. Et sur cette façade Art nouveau dans sa version la plus aboutie on sent pointer l’Art déco avec ses traits caractéristiques. Nombre des balconnets de la façade sont une ébauche des fameux compotiers ou corbeilles spécifiques du mouvement.
Et quand je vous disais que l’on avançait sur les traces de Bénouville… c’est parce que l’on retrouve ici la tourelle d’angle de la rue Spontini, à ceci près qu’elle est évidée, que sa toiture en ombrelle a pris la place de la poivrière, pendant que l’intérieur est transformé en logettes à colonnes, en balcons et balconnets."


.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)



.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
