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mercredi 27 août 2025

Prison de la force (avec une antonomase dedans).

 La prison de la Force... Son nom évoque immanquablement la contrainte et la discipline. Mais ne vous y trompez pas, ce nom n'est que la terminaison du patronyme de Jacques Nompar de Caumont, duc de La Force, l'un des propriétaires de l'hôtel particulier initial.


Ce n'est qu'en 1780 que l'Etat rachète l'hôtel afin d'en faire une prison "moderne".


La "nouvelle" prison est divisée en deux: la "grande force" pour les hommes et la "petite force" pour les femmes. Le mot force devient alors un nom commun; c'est ce qu'on nomme une antonomase.



Regardez bien. Entre les vues d'hier et celles d'aujourd'hui, on retrouve un bout de mur qui semble avoir été oublié là; c'est un vestige !





Ah, une dernière chose: si vous avez la chance de visiter la caserne de Pompiers de la rue de Sévigné, regardez cette ancienne fenêtre murée, ce serait aussi un vestige de notre prison.



Intersection des rues Malher et Pavée, Paris IV°.


***

lundi 31 octobre 2022

Une porte de la prison de la Roquette (grande ou petite ?)

 Quand super-Matthieu va s'oxygéner les poumons dans les caves champenoises, il n'oublie pas Paris-Bise-Art ! 

C'est à la limite de la Marne et de l'Aisne, dans le village de Vallées-en-Champagne (anciennement Baulne-en-Brie) que nous nous posons devant une porte de belle allure:

Mais cette porte n'a pas toujours eu une telle prestance; si nous étions venus il y a dix ans, voici ce que nous aurions vu:


Bon, d'accord, c'est une belle porte, mais elle n'a rien de très exceptionnel, vous dites-vous...

Mais que cache-t-elle cette porte ?


C'est ici qu'intervient un certain monsieur Faye - mémoire vivante du village - qui indique "qu'il s'agit d'une porte de prison provenant de la Petite-Roquette, à Paris".

Et voilà l'histoire:

Au 19e siècle, dans nos campagnes, les bonnes mœurs étaient bien définies et on ne badinait pas avec la morale religieuse.
A Baulne, en 1880, un jeune homme fut incarcéré à la prison de la Petite Roquette.
Le délit retenu à son encontre : homosexualité.
Il purgea pour ce fait, une peine d’un an d’emprisonnement.
Dix ans plus tard, suite à la mise en vente des matériaux issus de la démolition de la prison où il avait séjourné, il tint à récupérer ce portail, symbole de sa condamnation.

Et c'est ainsi que notre portail atterrit à Baulne.

Rappelons que les prisons de la grande et de la petite Roquette se faisaient face, chacune d'un côté de la rue de la Roquette.

La prison de la Grande Roquette était le "dépôt des condamnés" qui étaient en attente de déportation ou pire... la guillotine était installée devant la porte de la prison (Clic !).


La prison de la petite Roquette, elle, était une prison conventionnelle. Elle ne sera fermée qu'en 1974.



Et voilà l'os:

Comment le jeune homme incarcéré en 1880 et libéré l'année suivante a-t-il pu rapporter dans son village la porte d'une prison démolie en1974 ?

Mon hypothèse est que l'historien local s'est emmêlé les pinceaux entre le petite et la grande Roquette, mais ce n'est qu'une hypothèse !

N'importe, l'histoire est belle, car si un jeune baulnois n'avait pas aimé les garçons, son village ne pourrait pas aujourd'hui se prévaloir de conserver le vestige d'un monument parisien disparu !

Dernier chapitre: ce sont les élèves du lycée Jules Verne de Château Thierry qui ont restauré notre portail; bravo à eux !


Vous pouvez consulter le site de la mairie: Clic !
Vous pouvez aussi visiter le site de La Roquette: Clic !

Merci super-Matthieu de nous avoir emmené si loin !


lundi 12 mars 2018

Eglise Notre-Dame de Bonne-nouvelle

Bien cachée sur l'ancienne "butte aux gravois" (butte artificielle formée de détritus, les gravois), invisible des boulevard et du quartier auquel elle donna son nom, l'église Notre-Dame de Bonne-Nouvelle est la deuxième du nom. Elle est la seule avec Notre-Dame de Paris à avoir été construite sur pilotis.


Lors de la reconstruction au XIX° siècle, on conserva de l'ancienne église le clocher:



Style néoclassique très sobre:


Au centre de la nef, ce récent baptistère surprend par sa taille !



La première pierre de la vieille église avait été posée par la reine Anne d'Autriche:


 Dans le chœur ainsi que sur les bas-côtés, beaucoup de peintures dont deux Philippe de Champaigne.



La chapelle Notre-Dame Consolatrice, très ornée:




Comme dans bien des églises parisiennes, on constate l'outrage du temps...



Ici, un Saint-Jérôme du XVII° siècle en albâtre:


Dirigeons-nous maintenant vers ce coin mal éclairé près de l'entrée:


Voyez-vous dans le coin ce qui ressemble à un débarras ? C'en est un !
Mais grâce à la gentillesse du curé, la porte sera ouverte pour nous...


Et là, au milieu d'un fatras d'objets divers, cette porte de prison !


Cette porte qui était jadis exposée dans l'église témoigne de l'assassinat du curé de la paroisse - l'abbé Bécourt - après un séjour dans la prison de Mazas, pendant de la Commune en 1871.


25 rue de la lune, Paris II°.

jeudi 9 février 2017

Dans les geôles du palais

Paris-Bise-Art a la chance de compter au sein de son lectorat d'authentiques connaisseurs de Paris qui acceptent de partager leurs savoirs. C'est le cas de Marc S. qui a bien voulu nous emmener visiter le Palais de Justice de Paris. 
Après m'avoir promené sur les sommets (Clic !),  Marc nous entraîne aujourd'hui vers les bas-fonds du Palais...

Regardez cette photographie, nous voyons un atelier où des planches de bois côtoient des pots de peinture...


Au milieu de tout ça, des piliers incongrus nous rappellent que nous sommes dans un palais



Cet espace sert d'atelier au tribunal de grande instance de Paris.


A présent, levons les yeux


Une coursive nous surplombe, 


beaucoup de portes... Vous l'avez compris, ce sont bien des cellules que nous voyons; certaines sont ouvertes et nous permettent d'en apprécier les dimensions...





Nous sommes dans l'ancien "dépôt" du Palais de Justice, désaffecté dans les années quatre-vingt-dix (rassurez-vous, il y en a un autre !).



Pour mémoire, le dépôt est géré par la police, la souricière par l'administration pénitentiaire.


Peu de parisiens ont vu cet endroit.
Un grand merci à Marc !


Palais de Justice, 2 boulevard du Palais, Paris I°.

lundi 20 juin 2016

Bicêtre: de la Table ronde à l'hospice... (2)

Suite de notre visite de l'hôpital de Bicêtre, dans sa partie historique.

Le bâtiment de la Force avait deux niveaux de cachots souterrains: le plus profond - les cachots noirs - ne voyaient pas le jour du tout; ils ont été comblés. Le niveau le moins profond - les cachots blancs - disposait de quelques rares soupiraux. C'est ceux-ci que nous visitons.
Photos prises au flash; l'obscurité est totale.


En dépit de travaux récents (tuyaux, fils électriques, etc), les cellules sont encore visibles



Certaines ont conservé leur bat-flanc.



Cette cellule est presque intacte (remise en état).



Nous revenons maintenant sur nos pas et plus précisément vers le bâtiment portant la plaque "chapelle" que nous avions déjà vu.
Lors de sa construction en 1735, cette vaste pièce était occupée par un manège mû par douze chevaux qui, par un jeu de câbles, manœuvrait deux énormes seaux (270 litres chacun). Ces seaux allaient chercher de l'eau au fond du puits voisin. 
  Ces douze chevaux furent bientôt remplacés par 72 prisonniers enchaînés au manège, qui eux-même furent remplacés par 72 malades pensionnaires de l'hospice (aliénés ou épileptiques).
Il fallut attendre le second empire (1858) pour qu'une machine à vapeur fasse fonctionner les pompes.


Même si la fonction religieuse du lieu n'est plus d'actualité depuis longtemps, quelques objets nous rappellent cette fonction.


Si vous agrandissez cette gravure, vous verrez les chevaux animer le manège:


Ce plan d'époque est toujours d'actualité.
De gauche à droite: le manège installé dans la chapelle qui manœuvrait les seaux plongeant dans le puits dont l'eau était versée dans le réservoir.   

Construit entre 1733 et 1735 par Boffrand pour alimenter l'hospice de Bicêtre, ce puits descend à 58 mètres (soit la hauteur d'un immeuble de 20 étages). Il puise l'eau dans la nappe phréatique de la Bièvre. Il fonctionna jusqu'en 1903.


 La première chose qu'on voit en entrant dans la petite maison abritant le puits, c'est... la charpente d'origine !


 Puis il faut bien baisser les yeux...


Car nous sommes au bord du fameux puits de Bicêtre ! J'ai conservé cette photo où l'on voit des humains pour avoir une idée de l'échelle: cinq mètres de diamètre !
Pour mémoire, la largeur d'une voiture du métro parisien est de 2,40 mètres.


Lorsque les projecteurs sont éteints, ce gouffre donne une idée assez précise de l'entrée des enfers...


 Lumière !
Un escalier de fer nous attend; vous me suivez ?
Non, mais ça ne va pas la tête ? J'ai déjà du mal à faire ces photos...



Oui, oui, c'est de l'eau dans le fond.


Croyez-moi, les photos ne restituent que très partiellement le gigantisme de ce puits. C'est très impressionnant.


Le puits n'est plus utilisé depuis 1903.
Seuls, les pompiers viennent parfois y faire des exercices.

L'eau venant du puits était stockée dans un énorme réservoir dont les parois étaient tapissées de plomb pour en assurer l'étanchéité.


Ce réservoir sert aujourd'hui de salle "polyvalente". On y joue des pièces de théâtre...


On y organise aussi des expositions comme celle-ci, organisée pour les "Portes ouvertes" des hôpitaux en mai 2016 par le "Musée de l'AP-HP".



 On y voit par exemple ces bustes  d'enfants "idiots"...


Si l'on regarde les murs du réservoir au niveau du chemin de ronde qui surplombait le niveau de l'eau, on distingue des dessins. D'aucuns vous diront que ce sont de précieux témoignages de prisonniers... Sachant que cette salle sert à la récréation des carabins, j'opterais plutôt pour un pastiche (réussi) réalisé récemment. 


L'accès à un hôpital est libre et, pourvu que vous sachiez vous orienter, vous pourrez voir les parties extérieures quand vous voulez.
Les sites fermés (cachots, puits, chapelle) ne sont ouverts que pour les visites guidées ou lors d'opérations spéciales comme les "Portes ouvertes" ou les journées du patrimoine (se renseigner).
Le Comité de tourisme du Val de Marne organise parfois des visites.


78 rue du général Leclerc, Le Kremlin-Bicêtre (Val de Marne).