Neuf ans !
Neuf ans de patience et d'opiniâtreté !
Neuf ans de lecture, neuf ans de passages impromptus rue Pierre Nicole au cas où une porte serait ouverte...
Neuf ans de recherches et de contacts. Un échange avec le lycée Lavoisier voisin, des lectures...
Et puis un jour, au détour d'une conversation avec Gilles Thomas, l'homme pour qui rien de ce qui est souterrain n'est étranger, une petite lueur s'allume, à laquelle je vais m'accrocher...
Le jour est venu, rendez-vous est donné devant le 14 bis rue Pierre Nicole, le coeur bat un peu trop fort !
Nous sommes une petite dizaine, accueillis par madame Josette Kupperschmitt en personne. Cette dame consacre toute son énergie à la survie de la crypte; vous trouverez en fin d'article un lien vers l'association à laquelle elle participe.
Car il faut vous dire que la fameuse crypte, si elle se trouve en tréfonds de la voie publique, n'a d'accès que par les sous-sols de l'immeuble d'habitation devant lequel nous nous trouvons.

Les guides parlent peu de cette crypte invisible. C'est Lorànt Deutsch, dans son premier
Métronome paru en 2009, qui donnera à ce lieu une certaine renommée et qui déclenchera chez votre serviteur l'envie d'en savoir plus.
Avant de descendre, je vous propose de lire ce bref historique de la crypte rédigé par madame Josette Kupperschmitt:
L'histoire de St Denis remonte aux premiers siècles de l'ère Chrétienne.
En fonction des historiens, deux récits divergent quant aux dates :
Au IXe siècle, l'abbé Hilduin fait remonter l'arrivée de St Denis à Lutèce à la fin du premier siècle après J.C. et considère qu'il s'agit de Denys l'Aréopagite, ami de St Paul, soit pour Jacques de Voragine (XIIIe siècle) en l'an 96 après J.C. Denys avait alors 90 ans.
Mais pour Grégoire de Tours (VIe siècle après J.C.), St Denis serait arrivé en Gaule sous le consulat de Dèce et de Gratus c'est-à-dire vers l'an 250. A Lutèce, il resta à l'extérieur de la ville idolâtre occupée par des patriciens romains, le long du cardo Nord-Sud, actuelle rue St Jacques et s'installa dans une ancienne carrière où il rassembla les premiers fidèles. Il avait une dévotion particulière à la vierge, d'où le nom ultérieur de l'église, et c'est là que le préfet Sisinius Fesceninus avec l'autorisation de l'empereur Domitien le fit arrêter avec ses deux compagnons.
Ste Geneviève venait se recueillir en ce lieu.
Dès le VIe siècle, une chapelle dédiée à Notre-Dame dite des Vignes fut construite sur la carrière devenue crypte et devint un lieu de pèlerinage.
En l'an 995, les Bénédictins de Marmoutiers (Tours) en furent propriétaires et fondèrent en 1084 un prieuré.
En 1130 le roi Louis VI le Gros, assigna sur la douaire de la reine Adélaïde, la rente nécessaire à la fourniture des luminaires éclairant cette crypte pendant l'octave de St Denis.
Dans ce prieuré, lorsqu'un roi de France mourait loin de Paris, sa dépouille était déposée dans l'église Notre-Dame des Champs, ainsi en fut-il pour
Charles VIII (1498), Anne de Bretagne (1514), François I (1547) et ses deux fils, François III de Bretagne (1536) et Charles II d’Orléans (1545).
En l'an 1603 les Bénédictins vendirent ce prieuré à la duchesse douairière de Longeville qui y installa les premières carmélites de la réforme de Ste Thérèse, ce fut le premier carmel de l’Incarnation. La duchesse de La Vallière, une des premières maîtresses de Louis XIV, y fut religieuse durant 35 ans.
En 1802, les carmélites dispersées par la révolution rachetèrent une partie de leur ancien domaine et Louis XVIII restitua en 1817 des objets d'art en provenance de l'ancienne église, dont la statue Notre-Dame des Champs.
La crypte abîmée par la révolution fut restaurée avec ses dimensions d'origine à partir de 1855 et en 1896 Mgr d'Hulst bénissait cette crypte pensant lui redonner son éclat passé.
La vente de ces lieux à des promoteurs privés a presque fait tomber dans l'oubli cette crypte à laquelle est rattachée une partie de notre histoire
Toutefois « ignorer le passé c'est aussi raccourcir l'avenir ».
Josette Kupperschmitt
***
Bon, cette fois-ci, on descend, vous me suivez ?
Après une descente en ascenseur, notre hôtesse ouvre une solide porte sur... un autre temps. Il faut descendre encore, à pied cette fois.
Nous y sommes !
27 mètres de long sur 3 mètres de large environ, ce n'est pas Notre-Dame, mais c'est impressionnant:
À une extrémité, un escalier conduisait jadis à une sortie aujourd'hui murée:
Rappelons que la crypte a été fortement remaniée au XIX° siècle, ce qui explique son bon état général.
Au fond, un autel, sur les côtés, deux autres autels ainsi que des niches
Quelques ornements qui ne font pas leur âge...
Au sol, cette pierre tombale:
Peut-être plus lisible avec cet éclairage rasant:
On passera sous silence la performance du poseur de gaines électriques !
Le maître-autel avec à ses pieds une statue couchée
et comme une évidence, cette statue de Saint-Denis avec sa tête dans les mains !
Comparez cette statue avec celle de Montmartre:
Clic !
Pour rejoindre le XXI° siècle, c'est par là:
En sortant, si le Val-de-Grâce prend des airs de Saint-Pierre de Rome, ne vous étonnez pas, c'est normal !
Vous pouvez aller sur le site de l'Association pour la Sauvegarde de la Crypte Notre-Dame-des-Champs (ASCNDC) :
Clic !
Vous avez compris qu'il était très difficile de visiter cette crypte, et ça le restera tant que la seule entrée sera celle que nous avons utilisée.
Une (petite) lueur d'espoir pourrait venir d'une lettre de la mairie de Paris exprimant son intérêt pour la mise en valeur de cet endroit chargé d'histoire... Croisons les doigts !
Je tiens à exprimer ici mes plus chaleureux remerciements à madame Josette Kupperschmitt, non seulement pour son accueil mais aussi pour le travail qu'elle accomplit pour la survie de la crypte.
Je ne serais pas complet si je ne remerciais pas
Gilles Thomas pour son intermédiation !
14 bis, rue Pierre Nicole, Paris V°.