Chemin de la voûte du cours... Curieuse dénomination.
De quel cours parlons-nous ?
Du cours de Vincennes, anciennement avenue de Vincennes et portion de la route nationale 34 avant 1860 (agrandissement de Paris). Rectiligne, elle conduit à Vincennes, son château et ses bois giboyeux. D'une largeur remarquable (83,50 m), elle n'est battue que par l'avenue Foch (120 m); les Champs-Elysées font pâle figure avec leurs 70 mètres !
Cette avenue triomphale eut en 1975 l'honneur d'accueillir le défilé du 14 juillet (J'y étais !).
Donc, nous avons une avenue triomphale rectiligne et de grande largeur, mais le terrain n'étant pas horizontal, il fallut établir la chaussée en remblai pour en garantir le niveau, surtout à la traversée de la "
vallée de Fécamp".
Ce remblai variant de trois à dix mètres de hauteur constituait un obstacle pour les populations locales, il fut donc décidé de creuser un tunnel (une voûte) pour le traverser.
Cette voûte se trouvait grosso-modo au niveau de l'actuelle station de métro Porte de Vincennes; il n'en subsiste rien.
On trouve sur d'anciens plans la trace du chemin de la voûte du cours, et on trouve encore de nos jours une rue de la voûte.
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| 1878 |
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| 1881 |
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| 1910 |
En contrebas du remblai, courait une voie nommée chemin de la voûte du cours; c'est après lui que nous courons !
Les photos suivantes vous donneront une idée du dénivelé: ce passage de la voûte présente deux volées d'escaliers, soit un peu plus de six mètres.
La partie terminale de la rue de la voûte a absorbé notre chemin. On y voit le viaduc de la Petite ceinture ferroviaire et ses hautes piles à deux étages. Pourquoi deux étages ?
Parce qu'à la construction de la Petite ceinture, en 1852-1854, le niveau des voies était au niveau du sol. Ce n'est qu'en 1888 qu'au vu des embarras de circulation (déjà), on suréleva les voies de la Petite ceinture afin de supprimer les passages à niveau. Nous voyons donc les premiers piliers en maçonnerie surmontés des "nouveaux" piliers en fonte.
Le décor est planté, nous partons à la recherche de notre chemin oublié !
Sur cette capture d'écran, j'ai surligné le cours de Vincennes d'un trait bleu.
Le chemin de la voûte du cours est donc parallèle à celui-ci, au sud. Nous pouvons encore en deviner des portions dans le bâti actuel, entre les deux flèches jaunes:
Nous commençons par le repère 1, situé boulevard de Picpus, à deux pas des colonnes du trône:
Regardez cette belle trouée entre les deux immeubles!
Coup de chance, la porte n'est pas fermée.
Notre petit chemin ne sent pas la noisette... Disons qu'il sert d'annexe à la boulangerie.
Nous n'irons pas plus loin.
Nous gagnons la rue Marsoulan où là encore, nous retrouvons notre percée (repère 2).
Dans un geste élégant mais néanmoins maîtrisé, nous effectuons un demi-tour sur place et nous voyons ça (repère 3):
Un saut de puce jusqu'à l'avenue du docteur Arnold Netter (repère 4).
Nous avions déjà vu cet interstice entre deux immeubles lorsque nous avions parlé du
projet Netter-Debergues et du scandale de l'arrachage des arbres... Et c'est cette image qui m'avait fait "ouvrir le présent dossier".
Mais aujourd'hui, des travaux sur la voie publique me permettent d'obtenir des ouvriers présents l'ouverture de la porte. Merci à eux!
Et nous retrouvons notre petit chemin, dans une version plus champêtre ici:
Nous sommes à présent au repère 5 sur la carte, c'est aussi la fin du chemin de la voûte du cours ou de ce qu'il en reste car la rue de la voûte a absorbé la fin du chemin.
Dans cette cour privée mais ouverte, on voit au fond la trouée de notre chemin, mais nous butons sur une porte hermétiquement fermée...
Voila, vous pourrez maintenant briller en société car je suis sûr que vos amis meurent d'envie de connaître le chemin de la voûte du cours...
Quant à moi, après avoir rédigé cet article, je m'aperçois que l'excellent blog "
Quartier Bel-air sud" vient de publier un article similaire, aaaargh!!!
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Addendum 16 janvier 2020.
Notre lecteur Michaël - que je remercie - nous a envoyé un document trouvé sur Gallica.
Cette note de la Commission du Vieux Paris d'avril 1899 nous confirme que la voûte était tombée dans l'oubli et que ce sont les travaux de creusement du Métropolitain qui l'ont vue resurgir.
Ce qui n'est pas dit mais que l'on comprend, c'est que, eu égard au délai imposé par l'ouverture de l'Exposition Universelle (avril 1900), la voûte a simplement disparu pour laisser la place au métro !
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