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lundi 28 juin 2021

Descendre sous Paris pour le plaisir... de remonter dans le temps !


Paris-Bise-Art accueille avec plaisir Gilles Thomas pour une balade souterraine.

N'oubliez pas de cliquer sur les photos pour les agrandir.

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Vous avez déjà certainement entendu cette antienne de ma part, je le confesse c’est un peu mon péché mignon. Mais n’allez pas en déduire un peu hâtivement que je vais vous emmener dans le réseau des galeries de servitude établie au niveau des anciennes carrières souterraines de la Ville de Paris ; ou en beaucoup plus court mais moins explicite les « carrières de Paris », voire comme l’expriment certains (en incluant les autorités lors d’un relâchement sémantique maltapropos), les « catacombes », ce qui est plus qu’un abus langagier datant d’au moins 1782, soit quatre années avant la création de l’ossuaire général de la capitale, les vraies Catacombes !



Non non non, je ne parle pas de ce Paris souterrain-là, qui est à la fois ô combien salissant, mais surtout interdit de fréquentation sans autorisation (depuis un arrêté préfectoral du 2 novembre 1955, par mise en application localement de la loi sécuritaire du 3 avril de la même année prise à cause de la guerre d’Algérie), d’autant plus que ce sont des galeries labyrinthiques, sombres, pour ne pas dire totalement obscures, qu’il y fait frais, avec un taux d’humidité à réfréner n’importe quel billet de 500 euros afin d’éviter qu’il ne tourne mal en commençant par développer des moisissures comme tout papier qui y est abandonné, et qu’on peut y trouver des ordures laissées par des visiteurs plus qu’indélicats, et de temps en temps un Gaspard (venant du Val-de-Grâce, ou parfois de très loin comme Sébastopol (Clic) !  Je préfère vous prendre par la main pour vous faire découvrir un réseau moins profond, beaucoup moins fréquenté mais infiniment plus développé (environ 10 fois plus : 2450 km, soit la distance peu ou prou de Paris à Istanbul, contre les 250 que représente le linéaire développé des carrières sous Paris), et dans lequel de très nombreuses études historiques, et même archéologiques peuvent être menées. Je vais donc vous entraîner cette-fois-ci dans les égouts, lesquels sont, on va le constater, le champ de tous les possibles. Comme a su si bien l’écrire Pierre-Léonce Imbert en 1867 : « Suivez-moi, mon cher ami, je possède le peloton de fil d’Ariane, et ma main ne cessera de presser la vôtre. »



Photo souvenir d’une visite avec l’auteur Vassilis Alexakis (1943 – 2021), mise en lumière par Laurent Antoine Lemog, spécialiste de la reconstitution en 3D des pavillons de toutes les Expositions universelles depuis que le monde est monde (Clic) (normal, Vassilis ayant été un dessinateur humoristique et chroniqueur au Monde dès son arrivée en France pour échapper à la « Grèce des colonels » !). La photo source a été prise lors des repérages pour les préparatifs de son ouvrage « L’enfant grec » (Stock – 2012), qui se passe autour du jardin du Luxembourg, tant dessus que dessous. D’ailleurs, pour ceux qui s’intéressent aux sous-sols, il en existe je suis sûr, n’hésitez pas à vous plonger dans son roman « Avant », paru au Seuil en 1992, dont l’histoire se déroule intégralement sous le cimetière Montparnasse et totalement dans le noir ! Mais comme elles sont moches moches moches, ces nouvelles plaques en plastique à l’écriture noire sur fond jaune !




Il n’y a pas que dans les carrières que les parois des galeries portent les traces et les stigmates de toutes les pièces de théâtre dont Paris surface fut l’avant-scène de la grande Histoire. On y trouve non seulement des indications rappelant ce temps d’antan où le tramway pouvait s’enorgueillir de compter 1000 km de rails dans Paris intramuros (et pas uniquement la trentaine sur les Maréchaux dont la capitale se targue aujourd’hui), mais aussi des noms de rues d’autrefois.

Par délibération du 28 juin 1918, approuvée par le décret du 1er juillet trois jours plus tard, une artère parisienne prit le nom de Président Wilson pour son engagement pendant la Première Guerre mondiale. Mais précédemment, la dénomination qui prévalait était l’avenue du Trocadéro et, plus anciennement encore, l’avenue de l’Empereur. En parlant de sa venue, n’oublions pas que cette année 2021 est impériale (Clic).



La Bièvre, rivière parisienne engloutie corps (depuis 1912 pour le dernier tronçon recouvert) mais pas âme, est encore évoquée dans le réseau des égouts sur différentes plaques indicatives. Mais intra-muros, c’est désormais un véritable égout ; il ne faut surtout pas imaginer qu’elle présente encore ses berges... et encore moins qu’elles seraient verdoyantes comme j’ai pu l’entendre parfois ! La Bièvre n’a pas été simplement recouverte au moment de son enterrement, mais son cours a bel et bien été busé dans une canalisation en béton.


Dans les égouts, éventuellement nauséabonds, mais néanmoins riches en découverte visuelles, on trouve aussi de très nombreuses plaques évoquant des orages spectaculaires dont a été victime le bassin parisien (voir l’article précédent initié par le gaspard Sébastopol comme fil rouge) ; ou d’autres qui expliquent et détaillent des travaux particuliers.






Arrêtons-nous sur une année un peu plus lointaine : 1777, date de la création de l’Inspection générale des carrières [sous Paris et plaines adjacentes ] par notre bon roi Louis le XVIe du nom, le 4 avril. Deux mois plus tôt, le 7 février, il avait été accordé par le même, la permission que les frères Perrier construisent des pompes à feu sur les bords de la Seine, aux fins de distribuer de l’eau aux robinets de la capitale à partir de celle aspirée dans le fleuve parisien. Ainsi en fut-il de la Pompe à feu de Chaillot... dont voici des vestiges du tuyau originel, recoupés par un égout moderne (deux photos qui le montrent d’un côté, et de l’autre de la galerie).



On peut également remonter encore avant... au moment de la construction de l’aqueduc Marie de Médicis, soit les années 1613-1623. Qu’y-a-t’il derrière ce mur portant la plaque « 123 » ? Si on regarde bien la voute, on observe un chaînage en pierres calcaire régulièrement taillées. Passons de l’autre côté...

Vous avez alors devant vos yeux ébahis un égout du XVIIe siècle (excusez du peu !), du moins la partie supérieure, la cunette ayant simplement été cimentée au XIXe pour convertir en canalisation pour les eaux usées, cette partie de l’aqueduc initialement prévue pour conduire l’eau des sources de Rungis entre la « maison du Fontainier » (autrefois logement de fonction de l’ingénieur hydraulique comme l’on savait dire, donc qui le fut pour Bralle, Inspecteur des carrières de Paris pendant la Révolution), et la palais du Luxembourg de Marie de Médicis.




L’auteur est ici à l’aplomb d’une des cheminées (ou bouches de contrôle) qui sont régulièrement espacées (en moyenne tous les 60 mètres) pour pouvoir accéder à l’aqueduc lors des travaux d’entretien le concernant. Au premier plan on peut observer les pierres de taille de la voute d’un des chaînages en calcaire caractéristique de la construction de cette galerie souterraine, avec un remplissage de simples pierres grossièrement taillées entre deux chaînages successifs espacés de deux toises, soit quatre mètres. © photo Denis Prouvost.

Un dernier saut beaucoup plus avant dans le passé : retournons dans le Paris du XIIIe ou XIVe siècle. Voici, ici sous vos yeux ébahis, pour ceux qui n’ont pas lu « Sur les traces des enceintes de Paris » paru aux éditions Parigramme, une chambre souterraine accessible uniquement à partir des égouts. Elle constitue l’unique vestige, qui plus est monumental, de l’avant-porte Saint-Michel édifiée ou remaniée sous Charles VI, selon les vulgarisateurs auteurs de cet ouvrage de référence ; cette découverte est due à Marc Goret, un égoutier passionné par l’histoire et aujourd’hui à la retraite. 

Où peut donc mener cette grille ouverte que l’on atteint en passant sous ce gros tuyau et deux plus petits ? En plein moyen-âge !


Désolé pour la qualité de la photo de ce Paris sous Paris, mais à moins d'être un rat, autrement dit un gaspard (Clic encore... bis repetita placent) la photographie souterraine ne s’improvise pas, elle s’apprend après des heures, que dis-je des jours et des mois d’expérience dans les tréfonds de notre belle capitale... Vivement un livre !


© photo Gaspard Duval 


Liens utiles:

Les livres de Gilles Thomas

Le site Fb de Gaspard Duval

Le site Instagram de Gaspard Duval


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Un grand merci à Gilles Thomas pour cette visite passionnante !



vendredi 11 juin 2021

Où l’on pourrait considérer, pas complètement à tort, que le métro de la ligne 1 emprunte une galerie d’égout !

Si vous avez la chance un jour que Gilles Thomas vous propose un article, vous ferez comme moi: vous céderez votre porte-plume, vous lirez et vous applaudirez !

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Une note de circonstance en cette semaine de Saint-Médard (8 juin)


Il était une fois un petit « gaspard » surnommé Sébasto. Laissez-moi vous raconter la triste et néanmoins belle histoire de Sébastopol, belle car aventureuse et pleine de découvertes. Il appréciait non seulement d’aller parcourir les carrières sous Paris (en banlieue et ailleurs), bien qu’au demeurant il n’ait rien de bien « rat-goûtant » à se mettre sous les incisives, mais aussi le métro. Et parfois, il ne dédaignait pas aller s’encanailler dans les égouts parisiens, car chacun sait que « C’est dans les égouts de la capitale qu’ont lieu les dîners en ville » (magazine « Il », daté d’avril 1982, article signé Adrian H. Darmon).

Nous avons profité de ce si joli mois de mai pas si lointain, où la chaleur commençait à revenir, et avant que les foules ne recommencent à envahir de nouveau les trottoirs et les terrasses parisiennes, pour aller nous plonger avec délice et délectation dans la fraîcheur des réseaux souterrains parisiens, cette moderne thébaïde.




Je vais introduire les quelques illustrations de cette notule, par ce qui pourra(it) vous paraître rébarbatif, car, fidèle à l’un des préceptes de Pierre Termier (polytechnicien né en 1859 à Lyon, sorti major de l’X, décédé le 23 octobre 1930) : La joie de connaître est la plus grande et la plus pure des joies de ce monde ; immédiatement après la joie de connaître vient la joie de faire passer la connaissance aux autres hommes... (« Revue des Ingénieurs » de mai-juin 1948)



Le 19 juillet 1900 eut lieu la « non-inauguration » de la première ligne de métro parisienne, car prévue dans le cadre de l’Exposition internationale et universelle de 1900, cette dernière s’était ouverte le 14 avril donc plus de 3 mois auparavant... il n’y avait effectivement pas de quoi pavoiser ! Ce retard n’est rien comparé à l’apparition d’autres lignes de métro prédécesseuses et donc précurseuses dans le monde. 

Rendons tout d’abord hommage à notre ennemi intime l’Anglois, London (car les habitants sont bien des Londoniens et non des Londriens) ayant eu le sien en tout premier près de 40 ans auparavant car en 1863 ; puis se furent Istanbul en 1875, dont le train souterrain s’appelait le Tünel (sic !), Chicago en 1892, puis Glasgow et Budapest en 1896. Si la première ligne souterraine du métro de New-York city date de la fin 1904, trente-cinq années auparavant, en 1868 donc, existait déjà une elevated line, l’IRT Ninth Avenue Line qui est bien partie intégrante du réseau new-yorkais, tout comme le sont nos lignes aériennes.

Au moins cela nous a permis de prendre notre temps pour étudier les transports souterrains développés ailleurs et de retenir la traction électrique, ce qui nous paraît aujourd’hui une évidence, mais ne l’était pas avant (autre temps, autres moeurs, où comme disaient nos ancêtres : o tempora, o mores, ce qui signifie peu ou prou la même chose, mais « c’est du latin, une langue morte ! » nous aurait expliqué le commissaire Lalatte dans Les Gaspards, ce film de référence pour les amateurs de souterrains parisiens que sont les cataphiles). Puisqu’il n’y eut aucune inauguration, n’allez pas écouter cet enregistrement accessible sur Culture prime, dans laquelle deux anciens employés évoquent leurs pseudo-souvenirs, puisque la mémoire est une ressource humaine non fiable au possible : non seulement elle occulte certains souvenirs désagréables (merci la résilience !), elle en enjolive d’autres et est capable de s’accaparer des éléments qu’elle a tellement vus ou lus par ailleurs que la personne, non d’une manière volontaire mais bien à l’insu de son plein gré, est persuadée les avoir vécus elle-même ; et quoi de plus naturelle d’associer l’ouverture de la première ligne de métro avec une inauguration officielle, et qui dit inauguration y associe obligatoirement en France drapeaux tricolores, discours, fanfare, etc.).

 Et pourtant, et pourtant, si la France n’était pas la championne des tergiversations politico-sociétale, nous aurions été de loin la première nation métropolitaine et pas uniquement continentale car nous aurions alors battu même nos voisins anglois à plate couture car c’est dès 1845 que Paris et les compagnies de chemin de fer envisagèrent d’établir un réseau ferré dans la capitale pour transporter des marchandises. Émile Zola l’évoque d’ailleurs dans Le Ventre de Paris (paru en 1873), dont l’action se déroule dans les années 1860 ; on y évoque, au chapitre IV, une « voie du chemin de fer souterrain, établi dans le sous-sol, et que des lignes projetées devaient relier aux différentes gares. »

https://photogravure.com/collection/planche-16-vue-perspective-de-la-galerie-de-la-rue-de-rivoli/ (« Les travaux souterrains de Paris », d’Eugène Belgrand, 1887)


Le collecteur Rivoli fin XIXe et aujourd’hui (photo J. Pepinster).

Lorsque l’on envisagea de créer une ligne de métro entre porte de Vincennes et porte Maillot, il fallut déjà détourner des réseaux d’égouts, comme l’on va voir. On comprend dès lors qu’au vu de l’encombrement du sous-sol parisien aujourd’hui, on ait préféré creuser à 30 mètres de profondeur et dons au tunnelier (autre temps autre moeurs... ; bis repetita placent !) les dernières lignes souterraines que sont le RER E et celle du métro numéroté 14.

 Ainsi en fut-il du collecteur Rivoli, lequel de position centrale devint latéral ! Et dans le même temps on dut modifier la visite publique des égouts de Paris qui se déroulait en wagonnets dans sa première partie, puis en « gondoles particulières flottant sur les canaux de boue d’une “Venise noire” ». Elle démarrait à Châtelet, remontait jusqu’à une plaque tournante au carrefour Rivoli / Châtelet, et suivait la rue de Rivoli jusqu’à la Concorde où une rupture de charge se faisait pour terminer en barque jusqu’à la Madeleine (voir « 1867 : un petit train électrique dans les égouts de Paris », p.56-73 de Historail n°46 - juillet 2018). À l’époque, ce n’était donc pas une visite aseptisée comme de nos jours.




Pour construire le métro, il a donc fallu déconstruire l’égout Rivoli, comme on le voit dans les photos suivantes, extraites d’un reportage visible sur le portail des Bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris (plusieurs albums, accessibles en ligne, ont ainsi été déposés à la Bibliothèque administrative de l’Hôtel-de-Ville : Construction du Chemin de Fer Métropolitain Municipal de Paris 1898-1900, etc.)



Travaux au niveau des stations Louvre (à gauche) et Palais Royal (à droite)


Vue montrant comment on construit la future voute du tunnel du métro au-dessus du collecteur Rivoli, que l’on va démolir. À droite, vue prise depuis l’intérieur du collecteur Rivoli (on voit l’avant du bouclier utilisé pour les travaux à Saint-Paul)

À gauche, à nouveau Palais-Royal.

On le voit et le conçoit aisément, le métro ne passe pas dans le collecteur d’égout qui occupait auparavant son emplacement, pas plus qu’aucun métro ne circule à proprement parler dans les galeries d’anciennes carrières, mais il est clair que ces différents réseaux se côtoient, se superposent, parfois s’évitent, ou s’entremêlent intimement. C’est bien l’ancien égout qui était à la place des tunnels du métro... et il serait aujourd’hui contenu en intégralité sous la voute du métropolitain, tellement la disproportion entre les deux joue en la faveur de ce dernier.






Alléchés par cette révélation, et désireux de découvrir s’il en reste des traces, prenons-nous par la main et allons-y voir derechef, muni de tous les vaccins requis (leptospirose, hépatite B et coronavirus) pour suivre le spécialiste des égouts qu’est notre nouvel ami gaspard, Sébastopol.

Première surprise, l’égout est carrelé par endroit, avec à la fois des carreaux biseautés style métro, et d’autres qui le sont carrément... carrés !



On pourrait supposer que ce sont des carreaux-métro. Si la forme s’en approche, les dimensions ne correspondent pas, ni pour les carrés, ni pour les biseautés dont le chanfrein est plus étroit que ceux du métropolitain. Mais pourquoi donc avoir recouvert la paroi ici d’un tel revêtement ? Un simple essai ? Des infiltrations à colmater ? Car ce n’est assurément pas pour pouvoir nettoyer, frotter, astiquer, faire briller plus facilement les murs de l’égout ici-bas ! Qui s’en souci d’ailleurs ?

L’idée d’un souci causé par une eau suintant des murs lors des travaux n’est pas si saugrenue que cela. En effet, dans les collections historiques des photos de la construction du métro, on découvre des clichés montrant que les ouvriers creuseurs de la future ligne 1 furent confrontés à un tel problème récurrent à ce même emplacement (à Châtelet, près du square de la tour Saint-Jacques), d’où des saignées pratiquées dans les piédroits pour drainer l’eau (Clysterium donare, postea saignare, ensuita purgare). D’autant plus que non loin de là, la RATP (descendante de la CMP) a éprouvé le besoin de matérialiser son voisinage.





Et ce problème d’eau, comme on le voit sur la photo moderne, n’est pas que du passé ! Ici, un simple tuyau d’eau du robinet cassé, qui ne nécessiterait même pas d’aller dans les égouts pour le réparer car descendant depuis la surface sous un tampon de regard, autrement dit une « plaque d’égout » qu’il suffirait d’ouvrir pour stopper cet écoulement perpétuel, ce moderne tonneau des danaïdes qui coule à vau l’eau à l’encontre de toutes les formulations politiques (lesquelles sont bien comme les promesses !) d’économie nécessaire de ce bien véritablement si précieux qu’est la ressource en eau potable. Et comme nous sommes non loin du square de la tour Saint-Jacques, il faut bien pouvoir identifier d’où proviennent précisément les eaux de surface qui peuvent s’écouler sous terre pour rejoindre la cunette de l’égout, d’où une indication « urinoir ».


Concernant le carrelage autant insolite que mystérieux, quelqu’un aurait-il ne serait-ce que le début du commencement d’une idée ?

Nous sommes quasiment arrivés au terme de notre périple, au carrefour d’avec le collecteur de Sébastopol. On peut en profiter pour essayer de participer à ce jeu des différences apparues entre le document photographique de Roger Viollet pris en 1910, et celui de 2021 par Gaspard Duval. Excepté que les plaques informatives en tôle émaillée ont toutes disparues (elles étaient là pour les touristes parcourant les égouts en empruntant ce type de wagonnet, à l’avant duquel est visible la plaque tournante de changement de direction), que la plaque du « boulevard de Sébastopol » a changé de côté, que celle de la rue de Rivoli à gauche a été cassée, qu’il n’y a plus les supports pour le trolley de la visite publique, que la couleur est apparue, et que l’on met désormais des plaques en plastique noir sur fond jaune en lieu et place des terres cuites ou des émaillées blanche sur fond bleu (couleur parfaitement identique, et pour cause, à celles des rues, du métro et des carrières souterraines). Notons que la forme arrondie et rivetée sous le panneau « Ici au croisement... » était là pour soutenir et donc supporter le passage des câbles téléphoniques.

Photo Gaspard Duval (allez voir son Facebook et son Instagram)


La galerie de raccordement qui part à droite (sur la photo couleur de J. Pepinster) porte la plaque stipulant qu’elle permet la jonction entre le « Sébasto » et Saint-Honoré :

Deux autres photos Gaspard Duval... en attendant un livre sur le Paris sous Paris !


Tandis que, ô surprise, une inscription sibylline indique simplement « 17 juillet 1864 ». Que s’est-t-il passé ce jour-là qui nécessita d’être marqué d’une « pierre blanche » ? Un niveau des eaux exceptionnel ? Première idée venue à l’esprit, comme pour les repères de crues (principalement celle de 1910) que l’on découvre parfois lors de nos pérégrinations surfaciennes. 

Un rapide coup d’oeil dans les journaux numérisés sur le site internétien Gallica, ou son annexe RetroNews, nous permet d’en avoir effectivement confirmation. Mais cela nous révéla dans le même élan de recherche, qu’au temps d’antan, des chanceux pouvaient parfois accéder à diverses portions d’égouts au cours de visites particulières. 

Ainsi, Le Petit Journal du 11 juin 1864 nous signale qu’« Une visite vient d’être faite au grand égout collecteur, par une nombreuse compagnie qui y est descendue, mercredi matin, par l’entrée existant rue Fléchier, près de l’église Notre-Dame-de-Lorette. L’immense tunnel avait été éclairé à giorno, au moyen de phares et de lanternes, depuis son embouchure, à Asnières, jusqu’au faubourg Montmartre. Quarante personnes environ l’ont parcouru en wagons, que poussaient les égoutiers, et toutes sont revenues enchantées de ce petit voyage souterrain qui s’est effectuée sous la direction de M. Belgrand, ingénieur en chef des ponts et chaussées, chargé du service des eaux et des égouts de Paris. Pour que rien ne manquât à cette excursion, Saint-Médard, dont c’était la fête, avait ouvert ses écluses de bon matin, de sorte qu’au lieu de côtoyer une eau bourbeuse, le train de voyageurs descendait de conserve avec les flots impétueux d’un torrent, qui semblait avoir été commandé pour la circonstance. »

Gravure extraite du guide Joanne « Paris illustré » (de 1877)


De nombreux journaux datés du 20 juillet de cette même année, rapportent qu’effectivement le dimanche 17 juillet : « Les cataractes du ciel semblaient menacer d’un nouveau déluge. En peu de temps les masses d’eau précipitées avec rapidité devinrent si considérables qu’elles ne trouvèrent plus d’issue par les égouts, refluèrent sur la chaussée et envahirent les caves et les cours. Dans certains quartiers du 19e et du 18e arrondissement l’inondation a pris des proportions alarmantes... » Et de passer en revue les caves et les boutiques entièrement submergées, évoquant la rue de la Chapelle dans laquelle pendant quelque temps le niveau d’eau s’est élevé jusqu’à près de 2 mètres au-dessus du sol. Et sur le passage à niveau des Poissonniers, vers 5h30, le chemin de fer de Ceinture a été envahi sur 500 mètres de long par un mètre d’eau obligeant le train à s’arrêter pour déposer ses 200 voyageurs avant d’arriver en station. À l’angle des rues d’Allemagne et de Crimée, l’égout s’est même écroulé provoquant une excavation de 8 mètres de superficie sur 1m50 de profondeur. La suite vaut son pesant de grêlons et je vous la laisse découvrir dans la fin de l’article reproduit ici. Quant au règlement tatillon et inflexible de la SNCF, qui ne portait pas encore ce nom, rien n’a changé ayant vécu la même mésaventure il y a peu, au retour d’un périple à Provins, débarqué d’un train stoppé par une pluie torrentielle près de Gretz-Armainvilliers en dehors de toute protection des quais et bien sûr les bâtiments voyageurs étaient fermés sans possibilité de s’abriter nulle part ; nous dûmes attendre plus d’une heure, d’abord sous cette averse violente, qu’un des trains, que l’on vit à nouveau passer à partir du moment où l’orage fut terminé, reçoive enfin l’ordre de s’arrêter pour prendre ce surplus de voyageurs que nous étions, pour simplement pourvoir rentrer à Paris, but de notre destination initiale !



Pour les métrophiles que sont certains d’entre-vous, mais aussi pour éclairer les autres « simples voyageurs », maintenant que vous avez tous à l’esprit cette histoire de déplacement du collecteur Rivoli, ainsi que la photo de Roger Viollet, songez que lorsque êtes sur la ligne 1, à un moment donné vous vous trouvez donc quasiment dans un ancien égout, en tout cas vous empruntez son trajet. Si ce n’est que le diamètre pour faire passer un métro, donc deux en parallèle, est très nettement supérieur à celui d’un collecteur, et donc, comme vu précédemment il est plus juste de considérer au final que c’est l’égout qui se trouverait à l’intérieur dudit tunnel du métro.

Ces informations en tête, essayer de vous positionner de la même manière dans la rame, autrement dit en tête, pour profiter du fait que ce métro est sans conducteur car il a été entièrement automatisé. Vous constaterez alors que la ligne plonge littéralement entre Châtelet et Hôtel-de-Ville, plus que de raison pour un simple « profil économique » (i.e. construit avec les stations en point légèrement plus haut que le tracé moyen de la voie entre deux stations successives, ceci aux fins de donner une impulsion favorable au démarrage ainsi qu’un début de freinage naturel en s’approchant des quais). Il s’agit à ce moment-là de son parcours, de la faire passer sous le collecteur de Sébastopol évoqué ci-dessus, et dans lequel put se poursuivre la visite publique des égouts après 1900. Les touristes entraient alors au niveau des Arts-et-Métiers (près du métro éponyme) pour atteindre Châtelet en wagons par le collecteur du centre puis par le Sébastopol, et de là gagnaient le Louvre en bateau par le collecteur des quais.



Mais, me direz-vous, qu’est devenu notre guide « Gaspard Sébastopol » ? La suite et sa malheureuse fin, je vous la laisse lire ici, dans le Petit journal du 5 mai 1864...



RIP



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Un très grand merci à Gilles Thomas, l'homme pour qui rien de ce qui est souterrain n'est étranger !

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