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mercredi 6 septembre 2017

Collection Debuisson (1)

Pour voir l'ensemble des articles parus à propos de cette collection, cliquez sur le libellé "Collection Debuisson" au bas de cet article.

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C'est l'histoire d'une parisienne, d'une grande dame qui, un beau jour de 1957, est frappée par ce virus que nous connaissons bien: l'amour de Paris.
Cette grande lectrice fréquentera d'abord les libraires et les bouquinistes, et c'est par l'écrit qu'elle commencera une collection qui aujourd'hui, ferait le bonheur de bien des musées.

Sa bibliothèque en remontrerait à bien des institutions; des étudiants et des chercheurs viennent lui rendre visite pour leur thèse !
Tout y est classé méticuleusement; c'est un trésor !

Mais venons-en à ce que nous allons voir ici: la collection d'objets.

Des vieilles rues aux commerces, il n'y a qu'un pas, que Roxane Debuisson franchira au hasard des fermetures et des destructions. Outre les vieux papiers (factures, cartes, papier à lettre) et les cartes postales, elle n'a pas hésité à obtenir des commerçants qu'ils lui cèdent leurs enseignes !

Amoureuse de Paris, Roxane Debuisson l'est aussi du "petit patrimoine", celui qui n'a pas - hélas - les honneurs des musées. C'est ainsi que l'on retrouvera ici des objets disparus de nos rues depuis belle lurette.

Nous arrivons donc devant un bel immeuble haussmannien. Je ne vous en donnerai pas l'adresse car il s'agit du domicile de Madame Debuisson.
Grimpons !


C'est un privilège, nous sommes accueillis par Roxane Debuisson en présence de sa fille Florence Quignard-Debuisson.

La porte s'ouvre sur une entrée qui ne déparerait pas le musée Carnavalet !



Une tête de vache voisine avec des carottes...


sous le regard charbonneux d'un bougnat...


Un éléphant qui ne se trompe pas d'heure...


Ce couteau mesure trois mètres de haut !


Des fixés sous verre de boulangeries:



Drôle d'enseigne... Qu'est-ce qu'ils pouvaient bien vendre ?



Les deux mains appartenaient au gantier-bonnetier "Au gant d'or", rue Saint-Antoine



Une autre carotte de tabac, celle-ci de grande taille


Je vous laisse deviner...



Il faut vraiment ouvrir les yeux car le moindre recoin dissimule une enseigne ou une plaque:





Saviez-vous que le mot "bougnat" est une contraction des mots "charbonnier" et "auvergnat" ?



à suivre...


samedi 30 juin 2018

Au revoir Roxane Debuisson

Une grande dame vient de nous quitter.
Roxane  Debuisson avait depuis toujours collectionné les objets parisiens jusqu'à faire de son appartement un musée et de sa vie une oeuvre d'art.  
Mécène, gastronome, érudite et femme d'esprit, Roxane adorait rire et c'est le souvenir que je veux garder d'elle. 
Les visites dans son grand appartement du boulevard Henri IV étaient toujours une joie. Bien qu'elle ne se déplaçât plus beaucoup ces derniers temps, elle était au courant de tout. Je l'entends encore vitupérer le laisser-aller du Paris d'aujourd'hui, le mépris du patrimoine, petit et grand, et la sur-densification d'une ville qu'elle aimait tant.
Elle avait découvert Paris-Bise-Art grâce à des amis communs et depuis, elle me gratifiait de ses e-mails toujours bien écrits et qui se terminaient immanquablement par "et je vous adresse mes plus parisiennes pensées".


Revoyez les quatre articles publiés sur Paris-Bise-Art: Clic !

Que va devenir la collection unique accumulée par Roxane Debuisson ?
L'évidence serait qu'elle échût au musée Carnavalet, dans une salle portant son nom.
Croisons les doigts...

Vous n'auriez pas aimé que nous fussions tristes en parlant de vous; c'est pourquoi je préfère terminer par une coupe de ce champagne que vous aimiez tant et que nous avons partagé bien souvent.

 

"et je vous adresse mes plus parisiennes pensées".


lundi 11 septembre 2017

Collection Debuisson (4)

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Dernier volet de notre survol de cette extraordinaire collection, ce chapitre sera consacré à la rue parisienne. Après les "vieux papiers" et les enseignes, Roxane Debuisson a entrepris de sauver les objets du quotidien qu'on croise chaque jour sans vraiment les voir; ce n'est que lorsqu'ils disparaissent qu'on s'aperçoit qu'ils nous manquent.
Voici donc ce qu'il est convenu d'appeler le "petit patrimoine".

Nous l'avions déjà vu dans l'entrée, cet arrêt d'autobus aux couleurs de l'époque était surnommé "tête de vache". Il était très visible même de loin, ce qui est loin d'être le cas des actuels poteaux.



Après les autobus, le métro ou plus exactement le "Nord-Sud".
Cette compagnie concurrente de la CMP s'attacha dès le début du vingtième siècle à soigner le confort de ses passagers et à se différencier du "métro ordinaire".
Ce compartiment de seconde classe du Nord-Sud se trouve dans le grand couloir. Observez l'échelle métallique rouge juste derrière: elle servait à évacuer les passagers dans le tunnel en cas de panne. 



Toujours le métro, mais dans l'autre compagnie, la CMP (Compagnie du métropolitain de Paris).
On le remarque à peine près du piano, ce bouclier dessiné par Hector Guimard est encore de nos jours visible sur les accès préservés du métro



Mais si, rappelez-vous, vous avez vu ce panneau ! Il était apposé aux extrémités des voitures.


Et sous cette jolie boîte à lettres, une authentique corbeille à papiers du métro !


Nous ne pénétrerons pas dans le bureau car des gens y travaillent, sachez simplement que les collections sont toutes minutieusement classées et répertoriées...



Retour dans le grand salon pour admirer ce réverbère semblable à ceux qui éclairaient la place des Vosges:



Sincèrement, ça ne vous intrigue pas ces clous ?
Les plus jeunes ne peuvent pas savoir mais ces clous délimitaient les "passages cloutés" (bah oui !) où les piétons pouvaient traverser les rues.



Partout dans l'appartement, on peut voir des plaques de rues... En voici quelques-unes:


Discrète au pied de la cheminée, cette plaque indique "rue des trois visages". Cette voie a disparu des plans, mais je l'ai retrouvée et nous y consacrerons un article ultérieurement.




Un guéridon qui donne l'heure ?  Pourquoi pas... Mais ce cadran est celui - authentique - qui donnait l'heure de l'ancienne gare Montparnasse.



Il faut toujours regarder où l'on met les pieds !
À côté du plot lumineux qui ornait nos carrefours, regardez à droite, la plaque triangulaire; cette plaque marquait la limite d'intervention des "côtiers", chevaux de renforts assistant les omnibus hippomobiles dans les montées.



Pour finir, deux pièces exceptionnelles:
Une plaque dont le texte dit:

1727
DU RÈGNE DE LOUIS XV
DE PAR LE ROY

DEFENCES EXPRESSES SONT FAITES DE BÂTIR DANS
CETTE RUE HORS LA PRÉSENTE BORNE ET LIMITE
AUX PEINES PORTÉES PAR LES DÉCLARATIONS DE
SA MAJESTÉ DE 1724 ET 1726

On trouvait ce modèle de plaque aux sorties de Paris; elles ont pour la plupart été détruites.
Les guides, les sites et Paris-Bise-Art pensaient qu'il ne subsistait que deux exemplaires des ces plaques. Votre serviteur était même fier de vous les avoir présentées (Clic 1 et Clic 2).
Et bien grâce à Roxane Debuisson, nous savons que les plaques  ayant survécu sont (au moins) au nombre de trois !



Enfin, cette petite plaque gravée de deux lettre: F P.
Elle nous ramène au moyen-âge et délimitait un fief dans le Paris d'alors.
Ici, c'est du fief  Popin qu'il s'agit:



Alors, que dire au terme de cette visite hors normes ?
Que je suis fier de vous l'avoir présentée ? Certes, mais pour tout vous dire, je suis surtout heureux d'avoir rencontré une personne exceptionnelle qui a consacré sa vie au patrimoine parisien.
Le temps, l'argent et l'énergie consacrés à cette collection ont été dépensés sans compter par cette femme exceptionnelle. Je sais sa peine lorsqu'elle voit aujourd'hui le patrimoine parisien - grand ou petit - méprisé par des décideurs ignorants...

Et puis je ne peux m'empêcher de m'interroger sur le sort futur de ce type de collection ne bénéficiant d'aucune protection. Sera-t-elle dispersée sous le marteau d'un commissaire-priseur, sera-t-elle rachetée par un riche collectionneur étranger ?

Laissez-moi émettre un souhait:
Puisque le musée Carnavalet est en travaux et que son objet est la conservation des patrimoines parisiens de toutes natures, ne serait-ce pas une bonne idée de consacrer une ou plusieurs salles à cette collection ?


Merci madame !