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lundi 29 août 2016

Pavillon de la Muette

Hors Paris

Des pavillons de chasse, on en trouve beaucoup dans les domaines royaux de Fontainebleau, Versailles, Rambouillet ou Compiègne, mais ici, dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye, le roi veut pouvoir dormir; nous sommes loin de Versailles et le soir les routes sont peu sûres ! On construira donc à la Muette un pavillon de chasse de taille imposante, avec tout le confort de l'époque.
Louis XV chargera son premier architecte Ange-Jacques Gabriel de lui proposer un projet. Aussitôt approuvé par le roi, les travaux commencent, réutilisant les fondations d'un ancien château de François I°. Le pavillon de la Muette sera le plus beau et le plus grand de tous les rendez-vous de chasse de l'ancien régime.

C'est donc après un trot allègre à travers la forêt que nous arrivons, mon fougueux destrier et moi, devant le pavillon endormi. La douce lumière matutinale et le vieux puits en premier plan, tout est là pour la carte postale !


Il est tôt; les visites ne commencent qu'à 10 h.
Profitons-en pour contourner les lieux en suivant les limites du grand rond...
Les bâtiments à gauche sont les communs et font partie du domaine



Toute la superficie du "grand rond" ainsi que les allées d'accès ont été débroussaillées


Un bruit ! Les volets s'ouvrent. Il est l'heure !


C'est le propriétaire qui nous accueille; il se chargera de la visite.
Nous commençons par la salle des officiers des chasses, couverte de boiseries. Le plafond vient d'être refait.


La cheminée est en marbre rouge du Languedoc, comme au Trianon !


La pièce centrale - le grand vestibule - était le "débotté du roi"... Je vous laisse deviner son emploi !


Aux murs, des boiseries simples certes, mais identiques à celles de la salle de billard du Petit Trianon de Versailles (atelier Guesnon et Clicquot).


Le hic, voyez-vous, c'est que si vous levez la tête, il y a comme un défaut !
Le plafond s'est effondré en 1994.


On voit au travers du plafond effondré l'ancien appartement du garde que Napoléon s'appropriera après 1809. Cette cheminée était celle de sa chambre.


L'escalier est à peine sec: il vient d'être refait



Toutes les huisseries sont refaites selon les règles de l'art.
Mais où mène cet escalier ?


Descendons !


Et c'est le choc ! Les cuisines ou plutôt le "réchauffoir" sont tout à fait comparables à celles du petit Trianon de Versailles.



A droite de la cheminée, un curieux tournebroche récupéré au château de Saint-Cloud.


Nous remontons à présent pour découvrir la plus belle pièce du pavillon: "le salon à l'italienne". On y jouait aux cartes, parait-il.
Les boiseries d'origine sont des mêmes artisans (Guesnon  et  Clicquot) qui réalisèrent celles du petit Trianon.


Ici aussi, les plafonds viennent d'être refaits



Il faut savoir que le pavillon étant situé au centre d'une étoile, chaque allée qui rayonnait au départ du pavillon était située dans l'axe d'une fenêtre


Un petit détail comme je les aime: vous voyez ce grand miroir dans un coin du grand salon ?


Et bien si vous passez derrière, vous vous apercevrez qu'il s'agit d'une glace sans tain !
Le propriétaire-guide pense que cette installation était destinée à tricher aux cartes, alors que ma pensée naviguait vers des cieux plus obscurs...


Regardez cette peinture de Joseph-Louis-Hippolyte Bellangé. Vous voyez la jeune dame en blanc à qui Napoléon III présente les équipages de vénerie devant le pavillon de la Muette ? C'est la reine Victoria, venue le 25 août 1855 en compagnie du Prince Albert à l'occasion d'une visite officielle.

Royal collection trust/© Her Majesty Queen Elizabeth II

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Je ne méconnais pas la polémique qui a précédé la vente du pavillon de la Muette à un particulier. Ce pavillon de chasse remarquable avait traversé l'histoire de France sans jamais sortir du giron de l'état.
Après la guerre, il est utilisé jusque dans les années soixante-dix par une obscure filiale de l'ORTF.

Laissé à l'abandon, il est attribué à l'ONF en 1984, mais sans réel usage.
Sans soin, sans chauffage, sans gardiennage, le bâtiment se dégrade rapidement. Les "occupants sans droit ni titre" (en français "squatters") n'arrangent rien.
Le plafond s'effondre en 1994; le pavillon est condamné.

Lorsque l'ONF, par l'intermédiaire de France Domaine, mettra en vente le pavillon, les défenseurs du patrimoine protesteront. J'ai moi-même fait partie de ceux qui étaient choqués qu'un Etat impécunieux boucle ses fins de mois en vendant les bijoux de famille.

Aujourd'hui, quel est le bilan ?


Si l'on compare quarante ans de gestion désastreuse par l'Etat et deux ans de gestion privée, il n'y a pas photo ! Où plutôt, si, regardez ces photographies "avant/après", elles sont parlantes (Clic !).
Alors, bien sûr, on ne peut pas tirer d'enseignement de cette vente réussie, mais j'atteste qu'en l’occurrence, le patrimoine est gagnant !


Le nouveau propriétaire est un passionné qui a "cassé sa tirelire" pour sauver un vaisseau en perdition. Les travaux sont réalisés dans le plus grand respect  des règles de l'art, soutenu en cela par la DRAC et par un architecte du patrimoine.

Le pavillon de la Muette est désormais ouvert aux visiteurs pendant la belle saison (Clic !).
----> Les dernières dates pour 2016: 3/4/17/18/24/25 septembre.

Allez visiter ce lieux unique et rencontrer un passionné qui, si vous le poussez un peu, sera intarissable sur la grande histoire, mais aussi sur la petite. Parlez-lui de la taille des pierres du sous-sol, des dalles changées sur ordre de Napoléon I°, du dessin anamorphosé de certaines fenêtres, etc, etc...
Vous ne regretterez pas les 5 € que vous coûtera cette visite, d'autant qu'ils seront intégralement affectés à la restauration du pavillon !


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Route forestière des pavillons, Forêt domaniale de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines).

2 commentaires:

Sophie a dit…

Super intéressant ! Merci pour cette découverte, la visite en images et les liens complémentaires.

marc a dit…

Merci Jean Paul de ce tuyau. Je savais que ce pavillon pouvait se visiter mais ignorais le processus de visite n'ayant pas eu l'idée de regarder leur site.
J'y suis allé ce samedi, passionnant, il faut vraiment les soutenir. Le chantier est énorme. Et même si la drac couvre à 30%, cela ne sera pas facile.
Merci Jean Paul pour ce reportage (Frédéric le propriétaire l'a apprécié)